L’Alzheimer me rappelle à elle…


Je ne sais pas pourquoi, ce soir, le souvenir de cette maladie qu’est l’Alzheimer me rappelle à son souvenir.

Cette maladie, insidieuse, tordue, qui s’immisce dans la vie comme une communauté de fourmis charpentières, qui ne cherchent qu’à vous gruger par en dedans.

Cette sournoise qui détruit cellule après cellule, toute matière grise qui avait fait de vous cet Être, pour la plupart, fonctionnel et aimant.

Ce doit être l’approche des vacances, où mon esprit s’éloigne de tout ce qui l’étourdit, de tout ce qui l’empêche de la revoir, elle, ma mère, quand elle me suppliait de ne pas la laisse seule dans cette chambre qu’elle ne reconnaissait pas. Cette chambre qu’elle ne pouvait pas reconnaître parce que ce n’était pas sa chambre dans sa maison ; parce que c’était sa chambre où, j’étais certaine, on pouvait vraiment prendre soin d’elle. Mais, cette câlisse de chambre, dans cet hôpital qui devait prendre soin d’elle, ben, on ne l’a pas fait. Non, câlisse! Malgré toutes nos batailles, ma sœur et moi!

Chaque fois que le tourbillon de la vie professionnelle s’arrête autour de moi, la douleur de ma mère me revient avec toute sa rage, ma rage, qui m’empêche presque de respirer. Et là, je m’en veux, ô! tellement!

Saurais-je un jour me pardonner?

Saurais-je un jour trouver le respir de la paix d’avoir fait ce que je pensais être le mieux?

Si seulement, je pouvais lui parler, juste une dernière fois?

Peut-être l’a-t-elle déjà fait sans que je le réalise?

Peut-être était-ce cette fois où, elle qui ne disait plus que : « R E RE, R E RE, R E RE », me cria avec un doigt en l’air et des yeux bleus ravivés, comme pour m’interpeller, « R E RE, R E RE, R E RE » puis, comme si nous revenions d’un passé lointain : « Ne prends pas ça si à cœur! » « R E RE, R E RE, R E RE ».

Savait-elle quelque chose que je n’arrive toujours pas à comprendre?

La vie est-elle une passade dans la plus grande pièce de théâtre?

Juste à me rappeler ces dernières paroles humaines de ma mère, juste là, mon cœur s’apaise. Mais je réalise que je m’ennuie d’elle, et de mon père. Et de grand-père Adélard et Bernadette. Puis, je suis triste de ne pas avoir connu Anatole et Herminie.

J’ai de ces moments de vide.

C’est là que je regarde Charlotte, mon chien, qui dort tout contre, comme apaisée par ma présence. Et là, j’arrive à ressentir un petit baume sur mes déchirements d’avoir eu à subir, impuissante, la mort lente de tous ceux que j’aime.

Y aura-t-il une fin à ce déchirement?

J’espère que oui.

Assez, c’est assez!

 

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