Roman épistolaire – 10e échange


L’amour! L’amour! L’amour! 

Tout petit, on nous en emplit la tête, avec le Prince Charmant embrassant la Princesse Grenouille sur la bouche, ou est-ce le contraire? 

Bof! Ça pas d’importance qui embrasse qui. Reste qu’on nous remplit la tête d’histoires de princes charmants. 

Puis on rêve au Prince Charmant pendant toute notre adolescence. 

Puis on se met à le chercher, ce fameux Prince. Puis on l’espère. Puis on croit l’avoir trouvé. Puis on le subit. Et on l’endure. Puis on le hait. Puis on se hait. 

C’est toujours la même histoire. Mais la vraie, elle finit toujours mal. Pas comme celles dans les livres. 

Dans tout ça, on se fait traiter de rêveur. 

On est rêveur? On est rêveur! 

Ils la veulent où leur claquent! C’est toujours ben pas les enfants qui demandent à se faire raconter des sornettes! 

Tu ne comprenais pas pourquoi je ne voulais pas d’enfants, dans le temps. Ben, c’était justement pour ça. Pour les histoires de princes chamants que je ne voulais pas être obligée de raconter à ce petit Être, si frais, si pur, ce petit Être fait de ma peau, de mon sang, de mon âme, de mon amour.

Non, je n’allais pas mentir à ce petit Être que, je sais, j’aurais aimé plus que tout, plus que moi-même. Non, jamais je n’aurais pu! Et ça, je sais que tu ne m’as jamais crue, mais je le savais depuis l’âge de quatre ans. 

Ah! J’t’entends penser : pas encore l’histoire de quatre ans! 

Tu peux bien dire ce que tu voudras. Là, ça ne me blesse plus. 

Je sais qui j’étais ; qui je suis là, en fait. 

C’est dur de vivre quand t’as les deux yeux alignés bien devant les trous. Tellement bien alignés que tu ne manques rien. Absolument rien. Que même lorsque tu fermes les yeux, tu vois encore, droit, droit dans les trous. T’as pas idée comme c’est dur. Terriblement dur. 

Bien moi, je ne me souviens pas d’avoir vu autrement que droit dans les trous. Ah ! j’ai bien essayé. Avant toi. Avec toi. Après toi. Et là. Rien à faire. Toujours droit dans les trous. 

« Heureux les creux! » 

Je ne sais pas qui a dit ça. Mais je ne sais pas ce que je donnerais pour être de ceux-là, les creux? 

T’imagines la vie, en creux! Pas de trouble. La simplicité. L’innocence. L’inconscience! Le plaisir. Peut-être même le bonheur? 

J’voudrais être ce creux, et j’voudrais pas. Non, j’pense que je ne voudrais pas. En fait, non. Je sais. Je ne voudrais pas être ce creux. Parce que… parce que, je ne serais rien, ou si peu. Parce que là, j’ai, j’ai la graine qui, peut-être, changera quelque chose dans ce monde de fou. 

On ne souffre pas pour rien, je refuse de le croire. Si l’on ne fait rien de nos souffrances, on n’est pas mieux que les creux. C’est plus facile à vivre, tu me diras. T’as raison. 

Mais quand tu ne peux pas faire autrement. Qu’est-ce que tu fais? Ben tu te bats. Ou t’enseignes ce que t’as appris dans la douleur, parce que tu as les yeux droits dans les trous. 

Parce que c’est ça qu’on fait quand on a les deux yeux droits dans les trous. 

Tiens. J’croirais t’entendre! Tout feu! Et je m’enflamme! 

J’sais pas pourquoi je te raconte tout ça, comme ça, ce soir? Ça doit être le vin qui m’émousse. Tu sais comme je suis fragile au vin. 

Je ne buvais plus depuis si longtemps ; depuis nous en fait. Trop d’accablements. Puis là, tu es réapparu. Je ne sais pas, tout se bouscule dans ma tête, dans mon corps aussi. Tout s’entrechoque, s’entremêle. J’ai eu le goût. Juste un peu. Un verre. Deux. Rouge, toujours. Puis voilà que je babille sur moi quand toi tu me racontes ta peine d’amour. 

J’sais pas si j’ai envie de parler de ta récente peine d’amour. En fait, non, j’en ai vraiment pas envie. J’ai changé, tu sais. T’auras pas mon épaule pour pleurer les autres. Parce que je suis l’une des autres. Et j’en ai rien à cirer des autres. 

Je sais, c’est ce que j’ai fait jadis. Te prêter mon épaule. Ça, c’était avant. Avant, tu sais quoi…

 

Ma réponse

 

 

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