Roman épistolaire – 4e échange


Quelques mois se sont écoulés depuis ton dernier courriel. Tu as dû croire que je n’y répondrais pas.

Ta note, je devais y réfléchir. Oui, y réfléchir convenablement. Là, que le choc de te voir réapparaître dans ma vie, ne serait-ce qu’une apparition virtuelle, s’était estompé.

Comment dire? Je ne sais trop que penser de tes propos que je reconnais si bien, mais que je n’ai jamais voulu entendre. Jamais. Parce que, malgré tous les supplices endurés de la vie, je ne voulais pas croire en un monde si dépourvu d’humanité.

Même toi, je croyais que tu en mettais quand tu dénigrais l’Homme, quand tu disais ne croire en rien de bon chez l’Homme.

T’entendre dire à nouveau : « Le bonheur n’est qu’un mot dans le dictionnaire », tu ne sais pas à quel point tu me blesses.

Qu’ai-je été pour toi alors? Une chose qu’on laisse traîner dans un coin au cas où on en aurait besoin pour je ne sais trop quoi d’insipide? Une tarée à qui on peut raconter n’importe quelle sornette? Un bibelot que l’on sort quand la visite se pointe? Une poupée gonflable que l’on baise pour s’éviter d’avoir à se soulager soi-même?

Pourquoi ai-je tourné les talons, fermé les paupières sur notre relation? Tu te le demandes encore?

Ce n’est pas parce que je ne t’ai pas aimé. Non, certes. J’étais folle de toi, presque obnubilée par toi. Aujourd’hui, quand je parle de nous, je parle de ma maladie, ma folie presque.

Je t’aimais tellement. Ouais. Tellement, que j’aurais pu mourir là, car j’avais connue l’amour, le seul, l’ultime, le merveilleux. Je ne pouvais imaginer amour plus grand. Morte dans tes bras, comblée.

Ma faute, je l’admets, fut de croire qu’il en était de même pour toi. Je me trompais. Tu me le disais. Mais je refusais de t’entendre. Je croyais que tu bluffais. Je me trompais encore.

Ça m’a pris plusieurs années à me rendre à l’évidence. J’étais une « patente » dans ta vie, pour meubler tes moments de solitude, tes moments d’ennui

Je le sais, tu vas encore me dire qu’on est pareil. Mais on ne l’est pas. Parce que, autant je me demande ce que je fais sur cette foutue planète de merde, autant y’a cette partie de moi qui refuse d’abdiquer, qui veut croire encore, qui espère.

Sinon, pourquoi resterai-je ici à me morfondre? C’est si facile de s’enlever la vie. T’as qu’à acheter n’importe quelle cochonnerie de pilules sur la « Main ». T’achètes ça pourdes pinottes. Et puis, tu les gobes d’un trait d’antigel! Et vlan, tu t’envoles vers d’autres cieux, manger du Philadelphia sur un nuage, pourquoi pas? Jusqu’à la fin des temps.

Mais tant qu’il y aura en moi, ne serait-ce qu’une infime étincelle d’espoir, je resterai sur cette planète maudite. Et je trouverai ce qui rend heureux. Mais je ne crois pas que ce soit l’amour entre un homme et une femme. Nous sommes des animaux après tout. Procréer pour assurer la survie. Si cela est, Ève, en mangeant la pomme d’Adam, nous a mis dans la grosse merdre. Mais, le bonheur n’est pas dans les histoires de cul, il est plus noble. Bien plus noble, ne crois-tu pas?

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