La dame qui vend des cartes chez MacDo


     Serions-nous trop centrés sur nos propres petites personnes pour être aveugles aux plus démunis ?    Combien d’entre nous passons tout droit devant un itinérant, ou ceux qui semblent en être ? Combien d’entre nous pensons : «Y’a juste à s’trouver une job comme tout le monde» ? Combien d’entre nous détournons le regard devant une main tendue ?

    Il y a, dans la rue, des gens vraiment mal pris.  Les causes sont nombreuses : famille dysfonctionnelle, pauvreté, maladie mentale, drogue, et j’en passe. 

    Bref, je ne souhaite pas vous entretenir sur l’itinérance, mais plutôt vous parler de cette dame qui m’a marquée, au MacDo, un jour, il y a quelques années.

    Elle semblait un peu déficiente intellectuellement. Elle ne quêtait pas. Non. Elle vendait des cartes de souhaits. Des cartes spéciales qu’elle avait peintes à la gouache. 

     Je lui en ai acheté deux. Une maison aux allures d’une église. Un lit tout petit.  Probablement la maison où elle habite et son lit, tout petit. 

    Ça m’a fait un pincement de penser que c’était peut-être ça, sa maison, son lit tout petit. Parce qu’il y a plein de gens qui n’ont qu’un lit tout petit pour se réfugier.

    Je ne sais pas trop pourquoi, mais cette dame, un peu simple, qui allait, de table en table, vendre ses cartes, que personne n’achetait, m’a émue. Quand elle s’est approchée de ma table, elle avait quelque chose dans le regard, cette dame. Elle m’a montré ses cartes dont elle semblait si fière. Elle voulait 50 cents par carte.

     « Je vous donne cinq dollars, mais gardez les cartes pour vous. »

     Elle n’a jamais voulu !

     J’ai compris qu’elle ne voulait pas mendier. J’ai pris les deux cartes et je lui ai donné dix dollars.

    « Madame, elles les valent, ces dix dollars, pour le travail que vous y avez mis ». 

    La dame s’est redressée,  m’a regardée, ses yeux tantôt hagards, brillaient. Là, je l’ai trouvée belle d’être ce qu’elle était, dans tous les « malgré » de la vie.

     Quelques années plus tard, j’ai toujours les cartes peintes par cette dame. Et lorsque la vie me bouscule, je regarde ces cartes et je me dis qu’il y a pire dans la vie, bien pire.

Carte de souhaits peinte à la gouache par la dame au MacDo.

 

Carte de souhaits peinte à la gouache par la dame au MacDo.

 

Alors, lorsque vous verrez un « itinérant », ne tournez pas le regard. Donnez-lui la main. Parce que c’est ça qui compte à la fin.

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