Ma gang de malades !


 

« Ma gang de malades ! Vous êtes donc où… », chante Daniel Boucher.

Au volant de ma Focus blanche, je ne vois presque pas la route tellement ma vision est embrouillée. Sale temps ! La pluie a cessé, mais je ne le remarque pas, remplacée par un torrent de larmes lourdes d’impuissance.

« Ma gang de malades ! Vous êtes donc où… », reprend Boucher.

J’en veux…, oh ! comme j’en veux aux imbéciles qui mènent notre pays ! Une vraie « gang de malades », comme le dit si bien Boucher.

Je n’en peux plus d’entendre ces bêtises sur la réforme de la santé. Hou ! hou ! Est-ce que vous dormez ? Pendant que vous soi-disant contrôlez les dépenses publiques, il y a des gens vraiment malades qui ont besoin de soins, de soins intelligents.

Je viens de quitter l’hôpital. Mon père y est encore. Ce matin, il a perdu l’équilibre et est tombé de plein fouet, face contre terre. On a dû l’amener à l’hôpital. Étant donné son dossier médical, trois accidents vasculaires cérébraux, il y restera pour quelques jours. Je devrais être soulagée, mais…

L’angoisse m’étreint la gorge au point d’asphyxie.

Si vous saviez le nombre de fois que mon père a chuté dans l’hôpital même, c’en est presque épeurant !

Comment se fait-il ?

Monsieur, mon père, va aux toilettes ! Il est tellement entêté qu’il est prêt à passer par-dessus les barreaux du lit pour y aller.

Appuyer sur le bouton rouge de la sonnette pour demander de l’aide ?

Bien non ! Monsieur, mon père, préfère se casser la gueule !

Ça fait des mois que je me pogne avec Monsieur, mon père, à ce sujet. Mais ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai compris le pourquoi de son entêtement.

Il était là, l’homme du 5342-2, osseux, au torse creux, gisant sur le terrazzo froid, nu comme un ver. Ses jambes fragiles et variqueuses laissaient entrevoir, avec bien peu de pudeur, son sexe rabougri. Il gémissait de douleur. Il ne pouvait pas se relever. Son corps était aussi mou que celui d’un pantin. Des infirmiers l’ont secouru.

L’homme avait besoin d’aller aux toilettes. Il a sonné, mais aucune aide ne s’est présentée. Ne pouvant plus se retenir, il a fait comme mon père, il a tenté de passer par-dessus les barreaux du lit. Et, comme mon père l’a fait si souvent, il est tombé par-dessus bord.

Mon père, qui observait la scène avec moi, s’est retourné, m’a regardée dans les yeux, puis m’a dit :

« Penses-tu que c’est le fun de se chier dessus ? »

Les créations GC, 2010. Tous droits réservés.

Vous, les grands politiciens, avez-vous seulement déjà pensé à ce que c’est que d’être malade, à tel point que la seule chose qui vous reste est votre dignité ? Et que cette dignité vous est retirée pour des calculs mathématiques ?

Vous, les grands politiciens, avez-vous seulement déjà imaginé ce que c’est que de se déféquer dessus parce qu’il n’y a pas assez de personnel pour vous amener aux toilettes quand vous en avez besoin ?

Vous, les grands politiciens, il est plus que temps d’y songer avant que, vous-mêmes ou un des vôtres, ne soyez malades.

Je ne suis pas contre une saine gestion des dépenses publiques, mais jamais au détriment du respect et de la dignité humaine !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s