La page blanche


Source inconnue

Elle est là qui m’épie du coin de l’œil ; un ange blanc moqueur.

— Pourquoi me regardes-tu ainsi, avec cet air de sainte-nitouche ? Tu te moques de mon malaise, vilaine ! Ce n’est pas drôle.

Rien. Non, rien ne traverse mon esprit sinon que de minces étincelles rapidement étouffées.

— Tu peux bien rire, vas.

Que faire ?

À l’aide ! Au secours ! Carcasse humaine en détresse ! Manque d’inspiration chronique.

— Aide-moi, je t’en prie, aide-moi. Je n’y arrive plus.

Pourtant, j’ai crû tellement en ce feu brûlant, en cette passion de dire, de raconter. Ce n’est pas « le quoi » qui me fait défaut, que non !

— Tu veux des preuves ? Et bien, je vais t’en donner !

Oui, des sujets sur lesquels jaser, j’en ai des tonnes, et des tonnes !

  • Draguer sur internet – Histoires d’horreur en 32 volumes
  • L’émission de télévision « Testostérone » – Plus con que ça tu meurs !
  • Le sport en couple – Une distance de 3 km entre elle et lui
  • Le sida – Ça n’arrive qu’aux autres
  • La cigarette – Un suicide collectif
  • Opération brocante – Les 101 façons d’oublier son ex
  • Les nouvelles boîtes de beignes chez Dunkin Donut – Ça passe plus dans les portes
  • Un dépôt de 2 $ chez Macdonald pour lire le journal – Abats les voleurs de journaux
  • L’âge d’or – Son inventeur en avait fumé du bon
  • La peur de vieillir
  • La mort apprivoisée
  • C’est con la vie…sauf que…
  • L’amour, l’amour, encore et toujours
  • L’imbécillité humaine…un mal nécessaire
  • L’abus de pouvoir
  • La guerre
  • L’ère du loisir – la plus courte de toutes les ères
  • Le bonheur est dans la sauce
  • Le plaisir est dans le dessert
  • Mon journal de vacances
  • Magasiner une housse de couette – Bonne chance ! Y’en a pas une qui fait
  • Comment maigrir sans faire d’exercice ni diète
  • Comment grossir sans faire d’exercice ni diète
  • Compter les moutons – Ça marche
  • Après l’été des Indiens, l’hiver des Inuits
  • Les planches à neige – Un vrai danger public
  • Après la rage au volant, la rage en autobus
  • L’enfer – Une réalité bien plus près de nous qu’on pense
  • La maladie – Triste réalité

— Voilà ! Satisfaite ?

— Ah ! Tu ne dis plus rien. Je t’en bouche un coin.

Moi aussi, je m’en bouche un coin. Grrrrrrrr, qu’est-ce que j’ai ? Un titre, écris tout en haut, puis plus rien. Rien que ton sourire méprisant. Je suis bloquée comme une porte dont le loquet serait resté coincé au chambranle. Que faire ?

Non, ce ne sont pas les sujets qui manquent, mais comment les développer pour les rendre intéressants ? Je tourne en rond comme un chien après sa queue.

Je me rappelle tout à coup : écrire, c’est 10 pour cent d’inspiration et 90 pour cent de transpiration. C’est ça, je transpire trop, ou peut-être pas assez ? Je suis trop fatiguée. Trop fatiguée, trop fatiguée…la belle excuse. Peut-on être trop fatigué pour écrire ?

Dix ans d’hôpital avec mes parents vieillissants. On m’a déjà prise pour le médecin ! Ironie ou mauvais sort ?

— Dis-moi, toi, dont le sourire se fait soudainement plus triste, oui dis-moi, suis-je simplement à court de mots ? Est-ce irréversible ? Manquerais-je de talent tout simplement ? Comment transformer une situation d’apparence banale en événement extraordinaire ? Par où commencer ? Comment commencer ? Comment exprimer cette force, cette rage, cette fureur qui bouillonne en moi, mais qui refuse de se prêter au jeu des mots ? Devrais-je faire comme le Petit Prince et apprivoiser ma rose ? Devrais-je écrire tout simplement, sans but, sans norme, sans contrainte ? Devrais-je simplement écrire et me laisser porter jusqu’à ce que les mots prennent leur propre sens, jusqu’à ce qu’ils prennent vie, jusqu’à ce que nous ne fassions plus qu’un ?

— Tu ne souris plus ?

— Tu es moins bête que je ne pensais. De la compassion ? Tu as de la compassion pour moi ? Mais où est donc ton arrogance ? Tiens, tiens. Souffrirais-tu de sensiblerie ? Tu ne cesseras donc jamais de me surprendre. Tu es bien imprévisible ; tu l’as toujours été et tu le seras probablement toujours. Ç’est d’ailleurs ce qui fait ton charme. Oui, c’est cela, ton charme. Ta folie…, ta douce folie, qui surprend, mais qui jamais ne méprend. Oui, malgré tes airs casaniers, je sais que se cache en toi une aventurière qui n’aura de cesse qu’elle atteigne son but, celui du cœur, le mien. Et pour cela, amie,  je ne peux te dire que ceci : je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai.

Une réflexion sur “La page blanche

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