Ça n’arrive qu’aux autres


     « Chaque minute, six nouveaux jeunes de moins de 25 ans sont infectés à travers le monde. Les filles et les jeunes femmes courent deux fois plus de risques de contracter le virus que les garçons ».

     En général, que l’on parle à n’importe qui, personnel ne fait l’amour sans condom. Pourtant, qui n’a pas connu quelqu’un qui, à un moment donné durant l’acte sexuel, n’a pas oublié tous ses voeux pieux.   

     Justement, cette semaine, j’ai été témoin d’une situation de ce genre. Je suis allée chez le médecin. Naturellement, on passe toujours une heure plus tard que l’heure de notre rendez-vous. J’étais assise dans la salle d’attente. Pour passer le temps, je lisais un article qui justement parlait des ravages du sida.

     Bref, deux filles, qui me semblaient être au début de la trentaine, viennent s’asseoir à côté de moi. Une, plutôt jolie, semblait assez nerveuse. L’autre, qui avait l’air d’être une amie, essayait de calmer la première. 

     Sans le vouloir, je me suis surprise à écouter leur conversation.  Je sais, je n’aurais pas dû, mais personne n’est parfait.

     Enfin, la fille, la nerveuse, était là pour la « pilule du lendemain ».  Elle n’avait pas utilisé de condom avec son nouveau petit ami. Je l’ai entendu dire à sa copine :

     – Là, c’est ben ma faute… pas de condom avec le beau gino. J’ai réagi trop tard. J’sais pas ce qui m’a pris ? J’le connais presque pas ! J’ai vraiment pas réfléchi !  

     Puis, elle s’est éclatée : 

     – Merde que j’suis tannée de toujours réfléchir à ce que je fais ! Les bébés ; le sida ; tomber en amour ; ne surtout pas  tomber en amour ; y’é ben beau ; y’é trop laid ; trop jeune ; trop vieux ; trop facile ; trop de trouble.

     Et s’adressant à son amie :  

     – Veux-tu ben m’dire qu’est-ce que ça donne tout ça ? J’suis encore assise ici, toute seule, dans la salle d’attente, en attendant mon tour. Lui, il s’en sacre. À c’t’heure-ci, y’é chez-eux en train de dormir.

     Là, son amie lui a demandé si elle avait peur d’être enceinte.  

     La fille lui a répondu qu’elle ne pensait pas parce que son gino s’était retiré à temps, mais qu’elle ne voulait pas prendre de chance parce que c’était sa période d’ovulation. 

     – J’aime mieux me rendre malade avec c’te foutue pilule que de prendre le risque de tomber enceinte pis d’avoir à me faire avorter.

     Ceci a semblé rassurer sa copine, mais là est arrivée la vraie question :  

     – Pis, le sida, t’as pas peur de l’avoir attrapé ? 

     – Le sida ? J’aime mieux pas y penser. De toute façon, y’é trop tard….peut-être ? Y’a pu rien que j’peux faire, mais j’pense pas que j’ai quelque chose. Y’a l’air propre et en bonne santé.  

     Là, le médecin de garde a appelé son nom et elles sont parties. Moi, je suis restée là, à penser à ce que je venais d’entendre. 

     Moi aussi j’en ai connu du monde qui ne voulait pas utiliser de condom. «Y’a l’air propre et en bonne santé», que la fille a dit.  Ça, ça a fait sourire son amie.  Et je l’avoue, j’ai souris aussi.  C’est assez con de penser comme ça, mais le pire c’est qu’elle n’est pas la seule à penser comme ça. Oui, oui, dans notre monde civilisé, il y a encore des gens qui ont la pensée magique. Ils se disent que : « Ça n’arrive qu’aux autres ! ».  

     Moi, ça m’embarque ça : « Ça n’arrive qu’aux autres ! ». Moi, j’ai toujours pensé que les autres c’est moi. Et que si ça n’arrive qu’aux autres, ça risque de m’arriver à moi. C’est probablement à cause de mon éducation. Peut-être qu’il devrait y avoir plus de monde qui pense comme moi ? 

     Non mais, vous vous imaginez, la fille, à peine trente ans, prise avec le sida pour le reste de sa vie ? 

     Non, moi je ne pourrais pas vivre ça. Ah, c’est pas que j’ai peur de mourir, bien au contraire ! Si c’est pour arriver vite, il n’y a pas de problème.  Mais être malade du sida, prendre des médicaments pendant des années avant de crever, là, je vous le dis tout de suite, je ne pourrais pas.  

     Mais, la fille là, qu’est-ce qui lui a pris de faire l’amour sans condom ? Il me semble qu’on en parle assez non ?  

     Peut-être qu’elle veut juste se faire aimer, mais qu’elle ne sait pas comment s’y prendre ? L’amour, c’est assez « fucké » par bout.   

     Finalement, la fille, est peut-être « fuckée ». Oui, c’est peut-être ça. Et ça, je ne sais pas si ça se guérit ? Peut-être que le médecin va lui donner une pilule pour ça ? Je lui souhaite bien. En tout cas, s’il n’existe pas encore de remède, il y a de l’argent à faire là. Avis aux intéressés ! 

j0178793_opt     Pour revenir à moi, bien , je suis encore assise dans la salle d’attente. Les gens autours me regardent d’une façon bizarre.  

    Ah ! Si seulement ils savaient à quoi je pense, peut-être qu’ils souriraient, mais peut-être bien qu’ils feraient comme moi et qu’ils pleureraient.

 

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